Meziane Abane alias Amenzu : « Je n’ai jamais douté de la grandeur du peuple algérien »

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Meziane Abane est journaliste, militant et rappeur. Il vient de lancer une chanson anti 5e mandat qui fait déjà un grand succès sur les réseaux sociaux. Dans cet entretien, accordé à Culture DZ, il nous parle de son parcours de militant, de son sentiment sur ce qui se passe actuellement en Algérie et de ses aspirations pour l’Algérie de demain.

Qu’est-ce que t’a inspiré cette chanson ?

C’est une chanson que j’ai composé et écrit en 2012. C’était  à l’époque du mouvement extraordinaire des chômeurs, à l’image de celui que nous avons aujourd’hui. Il y a avait trop de pression. Les militants subissaient beaucoup de répressions. J’ai écrit cette chanson dans laquelle je remis en cause le pouvoir, sa politique, sa politique économique, ses soutiens dont Khalida Messaoudi qui, il faut le rappeler, a décidé du jour de Yennayer, le 12 janvier, comme date du début du Festival Alger capitale de la culture arabe. C’etait une provocation et un mépris de sa part. Ce geste caractérise exactement la nature de ce système qui se fout du peuple, de son évolution et de son émancipation. Le pouvoir en question s’appuie aussi sur ses médias que j’ai cités dont Ennahar, l’ENTV et Numedia de l’époque pour s’attaquer aux opposants et aux militants. Leur but est d’abroutir et clochardiser le peuple. Je me suis opposé à l’ouverture des mandats de Bouteflika en 2008, alors que j’étais étudiant. Je me suis toujours opposé à lui et à son pouvoir, lui qui est parachuté. C’est le même sentiment que j’ai pour lui aujourd’hui. Qu’il dégage lui et ses larbins dont les islamistes que je critique aussi dans la chanson. Qu’ils nous laissent  construire une vraie démocratie, un État de droits, de justice et de dignité. Nous voulons une démocratie et une vraie république où tous les algériens, avec toutes leurs différences linguistiques, culturelles, religieuse, origines, leurs  différences de sexes, de couleur et même d’orientations sexuelles, puisent vivre  librement en harmonie.

Comment tu vis ce mouvement de soulèvement du peuple algérien ?

C’est un rêve qui se réalise. Voir le peuple algérien sortir avec les mêmes mots d’ordre ; liberté, démocratie et république, que demander de plus ? J’ai pu manifester pour une fois sans que je sois inquiété, interpellé ou placé en garde à vue. C’est un moment historique ; celui de voir la jeunesse algérienne occuper la rue pacifiquement. Les étudiants aussi. C’est énormes ce qu’ils font. Ils refusent même les vacances que voulait leur imposer le ministre. Les avocats, les médecins, les travailleurs ont rejoint le mouvement. Des journalistes du secteur public démissionnaient. À la fin des actions, les gens nettoient les lieux des manifestations. Très fier de voir ce niveau de conscience atteint par  les algériennes et les algériens. Je n’ai jamais eu des doutes sur la grandeur du peuple algérien. Je sais qu’après tout ce temps, et à l’image de la Kabylie rebelle, les autres régions ont  fait aussi leurs expériences avec le pouvoir. Il y a tellement de mouvements et de combats qui ont poussé les algériens à atteindre cette maturité politique tant souhaitée. Aujourd’hui, ils disent tous et de la même voix, Basta ! Ils veulent le changement radical et aller dans une 2ème république qui nous garantira la liberté et la démocratie. Je ne peux qu’être heureux. Je suis ivre de joie. Je vis pleinement ce moment. Que la lutte et le combat pacifique continuent.

Journaliste, militant et rappeur ; comment tu arrives à joindre ces trois bouts ?

(Rire). C’est une question qui revient souvent. J’ai juste l’habitude. N’oublie pas que j’ai vécu trois ans de cavale et je vivais d’une région à une autre et d’une lutte à une autre. En 2011, j’ai décidé par mon propre gré d’arrêter le boulot pour me consacrer complètement  à la lutte. Ça m’a permis de découvrir l’Algérie et de mieux comprendre les algériennes et les algériens. J’ai vécu les trois années les plus belles de ma vie. Puis, j’ai créé un blog et une chaîne YouTube et je partageais mon vécu avec les autres. C’est ainsi que je suis devenu journaliste. Mais je n’ai rien abandonné depuis. La lutte, la défense de droits de l’homme, mon métier de reporter pour El Watan Week-end et même la formation des droits de l’homme que je donnais au profit des militants arabophones d’Algérie notamment les chômeurs du sud. Quant à la musique, je l’ai commencé depuis l’université. J’avais un ami comorien, Youssouf, un frère. C’est lui qui m’a appris à composer la musique. J’aime le rap et je n’écoute que ça. J’ai commencé à composer et j’ai même failli sortir en album en 2012. Pour des raisons qui n’ont rien avoir avec moi, j’ai fini par abandonner le projet. Puis là, depuis quelques mois, j’ai décidé de reprendre. J’ai sorti d’abord un duo avec Yalhane Mecili (Igrek), le fils du défunt Me Ali Mecili, puis un single « Nfud Tilleli » il y a quelques semaines et là, « J’emmerde le système ». Pour finir, je pense que ça fait partie de moi. Ma vie est pleine de beaucoup de choses. J’essaie de tout faire à la fois. En tout les cas,  je ne fais que les choses que j’aime. Je souhaite que les autres algériennes et algériens fassent la même chose. Que chacun s’exprime à sa manière et avec le moyen qu’il voit adéquat. Et que vive la jeunesse qui se bat. Nous allons vaincre. Non au 5 mandat. Oui pour le changement radical en Algérie. Oui pour la démocratie et l’Etat des libertés.

AmenzU- J'emmerde le système. Ma nouvelle chanson, J'emmerde le système, écrite et composée en 2012 et adaptée au contexte de 2019.#Anti_5e_mandat#Anti_systeme#Pouvoir_degage

Publiée par AmenzU sur Samedi 9 mars 2019

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