« Le roman de pôv cheveux » à l’écheveau des  maux 

0
289

Par Adnan Hadj Mouri

« L’absence n’est-elle  pas, pour qui aime  la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences »Marcel Proust, les plaisir et les jours

« Il ne se gênait pas  de la réprimander sous le plus banal des prétexte »Lynda Chouiten le roman de Pôv cheveux

L’écriture est un temple vers lequel le sujet a tendance à se singulariser en matérialisant le fondement de sa subjectivité par les effets bénéfiques de la conscientisation.

La maturité intellectuelle que l’homme  acquiert au fil des ans, lui permet de se questionner sur sa personne ainsi que sur sa situation ;  ce questionnement plein  d’étonnements et de doutes favorise  une élaboration de bien être  qui se poursuit dans l’écriture chez le » parlêtre. »

En effet, l’héritage romanesque devient un purgatoire d’évasion qui sensualise l’imaginaire du sujet d’où le plaisir de la  lecture, comme le disait Roland Barthe, «la possibilité d’une dialectique du désir, d’une imprécision de la jouissance que les yeux ne soient pas faits qu’il y ait un jeu. »

De ce fait, l’art de métaphoriser « l’écume » de cette parole et pour ainsi dire l’écriture nous permet de dire que la matérialité de faire accoucher une pensée, en autorisant diverses interprétations, met en exergue la dimension de l’inconscient ; pour cathartiser notre propre névrose, il faudrait voir dans cette instance psychique, une élaboration créative qui pousse de prime abord  le sujet à  se frotter à son inconscient tout en essayant de le domestiquer.

En effet grâce à cet élan de l’écriture qui prend un langage nourrissant, le «  scripte » fera parler à son tour cette névrose enfouie dans notre inconscient, puisque selon l’enseignement lacanien, « le sujet est parlé plutôt qu’il ne parle »passage dans le roman « je crois que je vais m’arrêter d’écrire, il ne reste plus d’espace je suis épuisé ,un humain aura la curiosité  de déchiffrer le contenu de ce chiffon dégoutant »

Si on contextualise l’imaginaire social en Algérie, nous pourrons dire que depuis deux décennies, l’écriture romanesque s’est harmonisée à travers une écriture d’urgence et de dénonciation implicite colmatant la brèche de l’aliénation sociale.

 .Une réflexion sur le sens  métaphorique  sublime du roman « pov cheveux  » de Lynda Chouiten en dit long sur l’asservissement de l’imaginaire.

A  titre   de rappel  nous dirons qu’au-delà de la question de la chevelure  qui balise le fondement ethnologique embrassant la valeur  « heuristique », ce type d’études permet d’analyser les différentes coiffures et les rites de passage, même la poésie  met en valeur  la chevelure  comme   beauté.  A ce  titre, il suffit «  de songer à la chevelure des fleurs du mal »

Devant la haine du musellement subjectif, la mise en évidence  du roman   Pov cheveux, nous renvoie à la dimension Kafkaienne où on retrouve la trame narrative   de la métamorphose.

 Sur  cet  aspect, nous pourrons affirmer que  l’œuvre  de Kafka est hanté  par  la figure menaçante  du père , il se trouve de même  pour le contenu narratif  de «  pov cheveux »  qui met  de façon implicite le complexe d’Issac, «  le psychisme du fils   du père comme psychiquement menaçant »contre  ses congénères.

 Outre le caractère misogyne de Outerdert, la présence du maitre  était refoule, « quand le maitre d’hôtel m jeté j’ai revu tous les déboires que le personnage leur  a fait subir mes frères et moi … » devant le refoulement de  l’image du père, le personnage incorpore  « l’opération inconsciente » de la sauvegarde psychique  tout en faisant  valoir l’image narcissique

En effet, outre cet aspect  comparatif, nous rejoindrons Marguerite  Duras   dans  «nous sommes  là  dans un monde totalement corporel », dans ce sens  elle nous fait savoir  que la fiction trouve  son point de démarcation  dans la dimension corporelle, citons ce passage de pov cheveux « je me demande bien ce qu’elle devient maintenant Louiza, on  n’aimait pas sa maigreur, pas ses taches de rousseurs ;

 , citons  à titre d’exemple le passage  de duras  dans la vie tranquille « c’est là  dans ce petit champs de chair que tout  s’est passé  et que tout se passera »l’histoire  qui met en scène la métaphore du cheveu  illustre parfaitement  les dires de l’écrivaine Duras.

  Elle aborde aussi,  la notion  du corps  en faisant évacuer  tout sentiment  de culpabilité, le libérant de la tyrannie chrétienne, la métaphorisation de pov cheveux l’inscrit à son tour   dans la dynamique de subjectivation contrainte, en voulant  décrypter  le ratage  de la crise multidimensionnelle. En effet, dans  l’aspect « corps cage »ou «  corps ennemi nous  pouvons  voir la tyrannie identitaire dans le roman Pov Cheveux : « et de penser  qu’un cheveu  est forcément mort au moment même où il s’éloigne de sa racine »

En effet de par le musellement de subjectivité  Simone  de Beauvoir  dans le deuxième sexe  dira « il y a  au départ   un conflit entre son existence autonome et son autre  être » , la femme  vit  dans le bâillonnement  de  l’individualité.  La protestation virile du personnage n’est en fait comme le disait freud rien  d’autre qu’angoisse de castration »

 A notre  sens, Le message   que tente  de faire  passer l’écrivaine Lynda Chouiten  a pour objectif   de « réhabiliter  le corps » fort longtemps   dogmatisé  par  la servitude de  l’interdit.

Pour reprendre Durras « au soleil , mes cuisses  je  les caresse, la paume chaude de ces mains rencontre la fraicheur  de ces  cuisses qui sont heureuses », sur  cet aspect la narration de pov cheveux effleure  la question  de l’imposition du voile ;  dans ce sens il faudrait dire  que la nudité  dans le contexte   algérien  fait couler  beaucoup  d’encre , le tabou du corps  se  voit comme instance surmoïque inébranlable ; dans ce roman  le personnage de Taous s’est mis  à cacher sa chevelure. », Le couple se fige   dans la « domination masculine »

 De ce fait   devant cette crise  sexuelle « la nudité n’est pas l’absence de vêtements,  Duras nous fera savoir que  le dévoilement «  peut provenir  du regard  ou de  la parole » prenons l’exemple  du personnage  Outoudert qui  « s’emporta  et  la sermonna sur sa conduite , la culpabilité de Taos augmentait

En effet, ce survol de  lecture  Duracienne  dans  le corpus de  pov cheveux   a perdu  sa réalité psychique,  le cheveu corps devient  corps poétique au sens  de George bataille.

Pour contextualiser l’imaginaire social  ankylosé  par le culte du silence, Pov Cheveux fait une déambulation douloureuse, en métaphorisant  la crise multiforme  par  un  silence déracinant du cheveu, aspect’’ mutilant,’’ comme   disait  Assia Djebbar. Dans  pov  cheveux on dit    « que nous étions une communauté  qui étouffait sous le foulard »

A cet égard , la mise  en avant de  la métaphore du cheveu  nous  rappelle la notion du schéma corporel,  chez  Tahar Benjelloun dans son roman « enfant de sable l’égoïsme du père  qui a eu  sept filles l’aveugle,  car il a peur  que le ventre  de son épouse ne peut concevoir d’enfant male ».

Sur cette lignée , l’écrivaine Assia Djebar  dans son roman ’Amour Fantasia   met en exergue la fonction  de la voix, elle nous apprend que la femme dispose  de quatre langues pour « exprimer son désir, le français pour l’écriture secrète, l’arabe pour parler  avec dieu, le libyque berbère pour communiquer  avec les ancêtres, et la quatrième langue c’est pour parler  du corps  dont le  roman Pov cheveux en est  l’illustration parfaite .

En effet, le traitement  du corps,   femme objet  dans  le roman  de pov cheveux  nous fait  rappeler  la judicieuse  citation  de Franz Fanon  qui disait « le corps dévoilé parait s’échapper  s’en aller  en morceaux , impression d’être mal habillé  en développant  un gout inachevé ………..» le raisonnement subjectif fera  appel au réel , au symbolique, et à l’imaginaire comme le disait Lacan

De nos jours, la question identitaire continue se pose avec acuité, elle  exacerbe la conflictualité sociale qui débouche sur le repli sur soi.

Cet aspect déliquescent de la décrépitude psychique alimente sans cesse la tyrannie de l’incompétence en légitimant un système répressif  à l’égard de toute personne désirant  se débarrasser de la « dictature du même ». Sur cet aspect un personnage du roman s’interroge « je me demandé comment est-ce que Outoudert  bien pu vous mener  tous au foulard »

De ce fait, l’existence de l’humanité butte sur la pulsion de mort qui va provoquer sans coup férir une précarisation psychique qui aura pour mot d’ordre la haine de soi et d’autrui. La dimension du corps  dans les  sociétés  à « solidarité mécanique » voire traditionnelle annihile  « l’élément de « l’individuation »comme  le disait Le breton , par rapport à la sexualisation  du  corps féminin le sociologue Méderci  nous fera savoir que le voile  marque le retrait du corps féminin du champs  visuel social ».

Sur cette   fonction ,Michel Foucault avait mis trois nouveaux aspects  dans l’évolution de l’interaction du corps ,dans un premier temps , le corps social  parce qu’il met en évidence  la fécondité , dans un  deuxième moment il se réalise la division  du travail sexuel, et  la troisième caractéristique est liée au rapport avec la vie des enfants qu’ il produit. En un mot le corps  « est donné à voir comme il est censuré.

A cet égard , nous constatons  l’évolution  « stop and go » qui caractérise la société  dite « entouverte », du «  Hijab orthodoxe ,  au hijab corsaire et string hijab et  du khamis boxer », ce  développement met en exergue, selon les dires du sociologue  Merdeci, « la construction d’un contre-pouvoir  dans la structure familiale » afin    de lutter contre «  la tutelle  des pères castrateurs» ;  la lecture  de Totem  et tabou  s’avère judicieuse pour comprendre  la mort du père.

Devant l’atomisation du corps social qui prend des allures d’affolement et devant l’amère déconvenue de voir l’altérité stigmatisée, les acteurs doivent-ils demeurer les témoins passifs de la névrose traumatique de la montée du nationalisme qui reste coincé dans l’angoisse de ces fantasmes ou au contraire prendre à bras le corps cette question sensible et affronter de façon stratégique l’abîme de la montée de l’insignifiance » ?

Du ratage identitaire  à l’idée  d’absence, ainsi  comme  le soulignait le psychanalyste Bernard Sigg dans « ça n y est  pas l’absence  du voile  a-t-elle  une toute autre porté  que le manque du voile ! Et si une femme  choisit  l’absence de   chevelure, en se tendant, nul ne prendra ceci  pour une calvitie simple perte  ou manque de cheveux plutôt  propres aux hommes ».

Ceci dit, même si l’auteure n’a pas esquissé l’idée sexuelle  en se focalisant  uniquement sur l’aliénation sociale, il faudrait la définir en se référant  au psychanalyste René Lew   dans   une table ronde consacrée  à la sexualité infantile,  l’auteur  dira «  on peut définir la sexualité de façon extrinsèque  du point de vue du sujet, extrinsèquement c’est la façon  dont  la structure se constitue  et dont le sujet prend place  tout  en saisissant la fonction phallique.

Intrinsèquement  il dira  qu’une sexualité  adulte  n’est pas la dépendance  du sujet à l’égard   de la structure mais la façon dont il va manœuvrer cette structure »

La matérialité  de l’écriture  couplée à la singularité  agissante devra permettre  de «  questionner  tout questionnement »  sans se  laisser envahir  par la mollesse psychique  de certains romanciers  écrivains  qui font  preuve  d’un ’illettrisme grandissant  et mesquin  ne faisant point  de différence   entre l’idée  de notion et de concept  «  climat intellecticide » oblige .

Ceci  dit,   essayer   de réfléchir   sur la dimension  du corps  est une entreprise  louable  pour  dévitaliser  l’hégémonie  ambiante, mais le  balbutiement romanesque   ne saurait  éteindre  l’incendie  de la précarité  psychique   sans passer  par l’étude  approfondie  du schéma corporel  qui  se  lie  dans «  l’incorporation du symbolique qui façonne le corps » en y intégrant , le corps réel, le corps imaginaire , le corps symbolique.

  La métaphore et la  subjectivation du corps », cet  enseignement suscitera une maturité  intellectuelle   qui dissipera  le nuage  répulsif  à l’égard   de l’enseignement  théorique dans tous ces volets

La  décrépitude  du temps présent  ne nous permet pas  de se suffire  de mots  «  bateau » défendus par les adeptes de  « cette modernité liquide » telle que la  démocratie  participative. Ce constat démontre la réalité  associative qui se noie  dans le clair-obscur de la pensée conforme.

Enfin, pouvoir « instaurer un ordre nouveau » et faire advenir une auto  émancipation, pour reprendre Tosel,une lecture romanesque avec des  lentilles  théoriques pourra mieux appréhender la complexité  humaine sans verser  dans la révolution  cosmétique des mots qui font valoir l’absence, comme le disait La Rochefoucauld « l’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes comme le vent éteint les bougies, et allume le feu ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here