Colloque sur Arkoun : appel à soumettre le corpus religieux à une approche académique

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Le président de la Fondation Islam de France, Ghaleb Bencheikh El Hocine, a souligné, samedi à Tizi-Ouzou, qu’il  »est temps de soumettre le corpus religieux à une approche académique ».

« La pensée subversive de l’islamologue et philosophe algérien Mohamed Arkoun, décédé en 2010, est construite sur le triptyque de transgression/déplacement/dépassement », a expliqué l’islamologue de renom et défenseur d’une vision réformatrice de l’islam, diplômé en philosophie et théologie (université Pari 1, France), au cours d’une conférence inaugurale qu’il a animé à l’occasion du colloque international sur Arkoun, organisé et abrité par l’Assemblée populaire de wilaya (APW).

Dans ce triptyque, le déplacement consiste à  »déplacer l’étude du sacré vers d’autres horizons cognitifs et porteurs de sens », a-t-il expliqué, estimant qu’il est temps de soumettre le corpus religieux à une approche et à la rigueur académique » tel que l’a fait Arkoun.

« Nous devons soumettre le patrimoine religieux aux fameuses sciences de l’homme et de la société », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de recourir à toute une  »batterie de disciplines » pour traiter le texte et le comprendre.

Bencheikh El Hocine a plaidé en faveur de l’émergence d’une nouvelle rationalité, ou d’une  »raison émergente » telle que prônée par la pensée  »Arkounéenne », et qui sera (cette raison) adaptée à la complexité du 21ème siècle.

 »Notre ère requiert une nouvelle rationalité qui prendra en charge les préoccupations spirituelles de l’âme humaine », a-t-il dit.

Relevant l’urgence de revoir les choses et d’interroger les présupposés y compris de ceux de la foi pour  »sortir des impasses intellectuelles que nous connaissons aujourd’hui », il a ajouté que les meilleurs antidotes à l’extrémisme et au fondamentalisme et tout ce qui étouffe et tue, sont l’éducation, l’instruction, l’acquisition du savoir, la culture, la connaissance, l’ouverture sur le monde et aussi l’inclination pour les valeurs esthétiques et oser le beau. « On ne peut pas s’attendre à quelque-chose de bien de quelqu’un qui n’est pas sensible à la musique, à la poésie aux belles lettres, et aux arts ».

Selon lui,  »il faut s’affranchir des enfermements doctrinaux, libérer l’esprit de sa prison et dégeler la glaciation idéologique et ouvrir les clôtures dogmatiques, car il n’y a aucune raison à reproduire le code social du temps du prophète, en insistant sur la nécessité de distinguer le moment mohammadien de la longue et lente construction humaine du fait islamique ».

Le président de la Fondation islam de France a indiqué qu’en ce monde qui connait partout des fractures, des blessures, le piétinement du droit et l’écrasement de la question éthique et en ces temps de défaite de la pensée et de la négation de la réflexion  »nous avons besoin de renouer avec l’humanisme et Arkoun en est un bon exemple ».

La pensée subversive d’Arkoun permettra de  »se prémunir contre les fadaises et les arguties débitées sur la tradition religieuse musulmane par des +imams autoproclamés+, des +’ignares+’ ou des +gestionnaires du sacré+, contre lesquels Arkoun s’est insurgé, et il nous incombe d’entretenir l’œuvre qu’il nous a légué », a-t-il dit.

APS

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