Franz Fanon : richesse d’une vie

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Par Adnan Hadj Mouri

Frantz Fanon qui est ce grand homme qui a fait sienne la lutte contre le colonialisme et le racisme sous toutes ses formes. Psychiatre à l’hôpital de Blida en 1953, Frantz Fanon n’a jamais cessé de penser à la question du colonisé et le remède à prodiguer pour évincer son aliénation. Ses œuvres sont restées à jamais sans écho dans les milieux intellectuels français.

Cinquante ans après sa mort, sa pensée cinglante et percutante a complètement bouleversé l’ordre établi par l’Empire colonial. Même si ses œuvres sont passées sous silence en France, personne ne peut nier sa clairvoyance, tout ce qu’il a écrit sur les colonisés et le racisme est d’actualité.

« Nous ne tendons à rien de moins qui’ à libérer l’homme de couleur de lui-même » tel est le combat mené de Frantz Fanon à travers ses œuvres. Dans son premier livre « peau noire, masques blancs (1952) il met en œuvre son expérience et son vécu, «l’objectivité scientifique m’était interdite car l’aliéné, le névrosé, était mon frère, était ma sœur, était mon père « .

D’origine martiniquaise il vit en direct le racisme des blancs envers les noirs durant la seconde guerre mondiale où il était engagé dans les forces françaises libres.

Démobilisé, il poursuivra ses études de médecine, il se spécialise en psychiatrie .Après sa soutenance en 1951, il publie  » Peau noire, masques blancs». Il fait une étude clinique où il analyse l’aliénation du colonisé et plus particulièrement des noirs antillais .Ils déduit que l’aliénation est inhérente au colonialisme et qu’à force de subir toutes sortes de mépris , Telle est sa vision .

Il développera sa pensée encore par rapport aux colonisés en avançant l’idée du colonisé qui veut à tout prix ressembler au colon ; sa langue est adoptée au détriment de la langue créole. Il va jusqu’à prendre ses distances des noirs africains qu’il considérera comme inférieurs. Le véritable nègre, il appellera cela la « négrophobie

Cette aliénation qui place le blanc au-dessus de tout, Frantz Fanon le retrouve également en Afrique du nord en 1953 date de son installation en Algérie comme psychiatre à l’hôpital de Blida (Algérie).

Tout son travail est ses questionnements tourneront autour de l’éternelle question de comment guérir le colonisé et le rendre libre.

Pour lui l’unique remède reste la décolonisation, mais pas seulement du territoire mais celle des esprits ; dans son ouvrage « les damnés de la terre «il explicite largement sa pensée ; il explique que la décolonisation doit permettre la création d’une nouvelle espèce d’hommes qui met fin au clivage de la race, fondement du système colonial.

Dans l’Algérie coloniale, il y eût deux psychanalystes entièrement marginalisés. Entre 1953 et 1956, l’introduction de la sociale thérapie par Frantz Fanon et ses élèves a été une révolution.

Frantz Fanon continue à dénoncer les antagonismes entre colons et colonisés, entre blancs et noirs. Il juge que tout cela doit être dépassé pour que l’humanité soit une. Il dénonce les excès des deux côtés, «celui qui idole les noirs et celui qui les exècre». Sa théorie vise à sortir les individus de l’enfermement dans lequel il pourrait se trouver. Selon lui, un homme ne doit pas être prisonnier de son passé.

Dans les damnés de la terre, Frantz Fanon parle de la violence révolutionnaire qui sera le terme central, de son œuvre. Selon Magali Bessonne, Jean Paul Sartre a déformé et a radicalisé le discours de Fanon et pose la violence comme « fin en soi ».

Pour Fanon, la violence est ainsi l’unique moyen pour le colonisé de se libérer d’un système colonial lui-même violent. Il incite le colonisé à conquérir lui-même son émancipation.

En pleine guerre il écrit les damnés de la terre .La violence de ses écrits lui a valu sa marginalisation en France. Engagé pour la cause algérienne, il démissionne de son poste de psychiatrie. Les sanctions ne se font pas attendre .Il devient le porte-parole journalistique du FLN à partir de 1957. Il voyage dans tout le continent africain afin d’unifier les peuples encore opprimés. Il a subi la censure .Avant sa mort, il écrit « l’an V de la révolution algérienne», qui sera saisi et interdit de diffusion en 1961pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État.

En 1970 Frantz Fanon devient le philosophe maudit en France, pays qui a mis du temps à reconnaître la guerre d’Algérie. Il n’est pas seulement « un penseur de la question noire mais il a pensé les dérives du système colonial ».

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