Jacques Fournier évoque Mohand Tazerout

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Une conférence sur la vie et l’œuvre monumentale de Mohand Tazerout a eu lieu dans la soirée de mardi à l’institut français d’Alger. Elle a été animée par Jacques Fournier, ancien Secrétaire général du gouvernement français et gendre de Mohand Tazerout.

Jaques Fournier est revenu dans sa conférence sur la vie de Mohand Tazerout, une grande personnalité algérienne, méconnue dans son propre pays. Natif du village Tazerout, dans la commune d’Aghribs dans la wilaya de Tizi Ouzou, Mohand Tazerout a écrit durant sa vie, une vingtaine d’ouvrages de premier plan. Grand voyageur, il maîtrise plusieurs langues, dont le chinois, le russe et l’allemand. Il a traduit également plusieurs livres de l’allemand vers le français et plusieurs œuvres de philosophes allemands dont «Le Déclin de l’Occident» d’Oswald Spengler en 5 tomes, qui est connue dans le monde entier. «Il était intéressé non seulement par la traduction, mais aussi par les études sociologiques et historiques qu’il a faites sur les auteurs allemands», a dit le conférencier, devant une salle archicomble.
Il a vécu une grande partie de sa vie en France. Dans les années 1930, il a participé à la vie de la cité, avec des citoyens français. En 1936, il écrit «l’Etat de demain», une réflexion sur les institutions et leurs fonctionnements. «Ce qui montre qu’il s’intéressait un peu à tous les sujets», a indiqué le conférencier. C’est quelqu’un qui s’intéressait à tout ce qui est autour de lui. «Pendant la deuxième guerre mondiale et les bombardements, mon épouse me racontait que tout le monde descendait dans la cave, et lui montait sur le toit regarder. A la fin de la guerre, politiquement, il été communiste. C’est à cette époque qu’il a recommencé à s’intéresser à l’Algérie».

Retour aux sources
Fin des années 1940, Mohand Tazerout avait déjà derrière lui des œuvres d’une extrême richesse. Au moment où il est sensé prendre sa retraite, il s’est lancé, tout seul, dans un grand ouvrage qui s’appelle : «Au congrès des civilisés» qui compte 5 volumes. «C’est une sorte de symposium où chaque personnage représentait une civilisation, et à la fin, il y a une conclusion générale. Malgré sa grande importance, ce livre n’a pas connu une diffusion universitaire. Il a été édité chez ‘Subervie’. C’est un éditeur qui publiait des livres politiques, notamment ceux favorables à l’indépendance algérienne. C’est un livre que j’ai moi-même dans ma bibliothèque, et qui sera probablement réédité en Algérie prochainement», dit le conférencier.
Ce livre a été édité dans les années 1950. Et c’est là que Mohand Tazerout s’est penché sur la cause algérienne. Mais l’origine de cet engagement remonte, à la base, aux événements du 8 mai 1945 en Algérie. Mohand Tazerout a fait une longue lettre au général Tubert qui était envoyé par le gouvernement français en Algérie pour faire un rapport sur les événements du 8 mai 1945. Cette lettre de 15 pages contenait toute une série de propositions et de réflexions sur ce qui s’est passé. Dans le rapport qu’il a présenté à l’assemblée nationale française, le général Tubert a repris intégralement toute une partie de la lettre de Mohand Tazerout pour en faire l’introduction de son rapport. Ce qui s’est passé par la suite, avec le trafic des élections et autres dépassements a bouleversé un peu le parcours de Mohand Tazerout pour le mettre sur le chemin de la cause pour l’indépendance. Ce dernier a fini par rejoindre le parti de l’indépendance algérienne pendant la guerre d’Algérie. Vers la fin des années 1950, il prend clairement position à travers une série d’ouvrages qui sont différents de ses ouvrages académiques précédents. Il a publié en 1959 «essais génétiques sur la race, peuples nations et la démocratie» et en 1960, «les problèmes de la coexistence pacifique». La même année, il publie, sous le pseudo «Mokawaki» «L’Algérie de demain», en 1961 «histoire politique de l’Afrique du nord» et en 1963 il publie : «manifeste contre le racisme». Après l’indépendance, Mohand Tazerout est revenu en Algérie et a pris contact avec l’Union des écrivains algériens. «Je pense que cela s’est mal passé».

Il avait traduit le Coran
«Tazerout était quelqu’un de fier. Il n’était pas du tout le genre à venir implorer. Il est retourné alors en France, et il est venu nous voir au Maroc où nous avions pu visiter avec lui ce pays, et c’est là qu’il a décidé de venir passer le restant de sa vie avec sa femme», témoigne Jacques Fournier. «Je suis passé quelques années plus tard au Maroc pour visiter sa tombe, mais malheureusement, je ne l’aie pas retrouvée». Par ailleurs, nous avions récupéré ses archives parmi lesquelles, il y avait sa dernière œuvre : une traduction du Coran de la langue arabe vers le français. «c’est quelqu’un qui s’intéressait souvent au texte sacré, bien qu’à une certaine période, il se disait que c’est quelqu’un qui n’a pas de religion», dit le conférencier et d’ajouter : «nous avions cru que le meilleur cadeau à offrir à l’Algérie indépendante était cette traduction. Nous l’avions remise au ministère algérien de la Culture de l’époque, et jusqu’à ce jour, nous n’avons aucune trace de ce livre…», regrette-t-il.

Arezki Ibersiene

Lire l’article depuis la source : Le Temps d’Algérie

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