Les stigmates d’une éducation dogmatique 

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Par Adnan Hadj Mouri

« Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant à un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences »Françoise Dolto

L’ heureuse  question  de la procréation  ressemble  à une luxuriante oasis, le rêve   d’avoir un enfant irrigue la source de la pulsion sociale; pour contextualiser  le vécu du  couple  nous  tenterons   d’expliquer    le  musellement   de subjectivité;  Cet aspect mortifère  se met sous les auspices d’une   frustration sociale  qui impose l’injonction de «  l’identité » même.

Cet aspect  uniformisant  se  fera  roder dans les ténèbres  le surmoi collectif  qui demeure aux aguets. Le sujet parlant manquant de braise, l’aube qui rosit la colline par la procréation tant attendue  se trouve épuisée et obligée  de s’allonger sur les monticules d’une éducation   favorisant  le bégaiement.

Cet engrenage  fatal nous  fait  rappeler à juste  titre  la maxime freudienne  sur les trois  taches  impossible à réaliser,  à savoir :  éduquer  gouverner soigner . Sans une lecture pessimiste   il faudrait dire  que  nous demeurons les  témoins passifs  devant le caractère grotesque de la frustration sociale qui s’accompagne par l’atmosphère pesante de la violence symbolique.

Le balbutiement du contrepouvoir ne trouble pas  le repos de son maitre hégémonique. L’exigence mentale  d’une sorte d’opposition  se voit  dans  sa pratique déformée  par l’irrigation  du calcaire  dans  sa démarche sinueuse. Une  brève incursion   sur cette chapelle fermée  nous renvoie  au processus éducatif   qui plonge  dans l’insidieuse schizoïdie que génère  ce progrès social  frelaté par  l’ambiguïté  des paradoxes  et pour ainsi dire la  logique clanique. Dans  ce cas  la volonté  n’est pas basée  sur la réflexivité ce qui peut  réduire la subjectivité.

La violence chez les enfants

L’épineuse question de la violence demeure d’une actualité brulante dans l’espace public. La conflictualité sociale liée à la perturbation de l’enfance ne concerne pas uniquement les pays tels que l’Algérie qui se confrontent à une crise multidimensionnelle dont les facteurs d’incommunicabilité et de déficit lui sont consubstantiels.

Pour décrire ce ratage dans lequel l’enfant se retrouve souvent victime, de la spectralité de l’atavisme séculier qui plonge les parents dans « l’injonction surmoïque »; ce qui les poussent à commettre des bévues, l’éducation conçue comme héritage des parents.  A cet égard Sartre disait « Au-delà de ce que je suis de par l’hérédité et de ce qu’on a fait de moi par le milieu et l’éducation, il y a ce que je fais avec ce que je suis et ce qu’on a fait de moi. »

Cette condition mortifère provoque inéluctablement des facteurs de déliaison sociale qui ne seront pas sans effets ravageur sur le développement de socialisation.

Cette forme d’éducation boiteuse qui favorise en soi le bégaiement de la pensée reste inaudible au discours sociologique voire psychanalytique qui essaie d’apporter un éclairage sur cette éducation qui se lie à la réalité sociale.

La normalisation de la pathologie « du culte de silence » se traduit par l’exacerbation du ton moqueur qui consiste à dire « on a tous vécu comme ça et nous nous retrouvons en bonne santé n’est-ce pas ? »

En effet, ignorant que la santé mentale ne se définit pas uniquement pas des signes cliniques avérés, les sujets promus par l’acceptation débillarde de l’éducation surmoïque ne peuvent que sursauter quand on leur dit que les grands parents ne peuvent pas éduquer leurs petits-enfants car il s’agit de prendre en considération les processus d’identification ainsi le traitement de la question œdipienne qui n’est pas chose facile pour l’enfant.

A cet égard la psychanalyste Dolto nous  met en garde  car elle avait peur des grands-mères abusives qui se servent de leur petit-fils comme d’un compagnon. Elle citait notamment le cas d’une grand-mère qui dormait avec son petits-fils.

Autre aspect, que nous devons prendre en considération c’est la mise en évidence de la parole de l’enfant, sa curiosité et ses questionnements qui ne sont pas dépourvus de sens.

Devant les sirènes de l’incommunicabilité qui traduisent une forme de frustration voire une de « psychotisation » de la réalité sociale, il n’est pas surprenant que les parents affichent un mutisme à l’égard des images qui peuvent bousculer l’imaginaire des enfants.

Face à cela nous ne pouvons occulter les stigmates des images de la décennie noire sur le développement psychique de l’enfant. « Silence totale ou bien ne regarde pas ça concerne les adultes ; ce type de réaction n’est pas sans conséquence sur la consolidation de l’état psychique.

Comme le dit la psychologue Hélène Ricaud droizy « L’aspect novateur apporté par Françoise Dolto à l’époque a été de considérer l’enfant comme un être à part entière, capable de s’exprimer et ce quel que soit son âge. Si entendre aujourd’hui la parole de l’enfant paraît (presque) une évidence, cela n’a pas été toujours le cas.

Autre phénomène affligeant pour l’enfant, réside dans l’inculcation du tabou corporel de la femme, les mamans prennent leur progéniture au hamam mais dès que leurs enfants transgressent l’interdit en posant des questions sur la différence anatomique, l’aiguille censée orientée le dialogue se trouble et s’affole ; parfois on se permet même de réprimander en qualifiant le corps comme impur. A voir le film « on se cache pour fumer »

Sans nous attarder sur l’aspect de la pudeur comme étant instance « surmoïque » relevant de la civilisation des mœurs comme le disait Norbert Elias, il faudrait voir que la confusion du tabou qui dénature la sexualité en méconnaissant ses trois stades décrit par Freud, démontre que dans bien des cas nous nous retrouvons face à la confusion entre intimité et tabou .Voire notre chronique sur la conception du tabou corporel « genrée »pour reprendre le philosophe Eric Fiat

Comme le disait une doctorante en psychologie, dans l’univers algérien du moment où il n y a pas la présence masculine, la gente féminine se sent bien à l’aise » ; cette logique peut nous révéler les limites « de la tyrannie du genre » que certaines associations féministes pensent indépassable.

En effet, pour revenir à la question de la violence qui tyrannise ces derniers, notamment sur les images de conflit ou de guerre, plusieurs chercheurs « estiment que des images déplaisantes peuvent susciter chez les enfants des images déplaisantes ».

Enfin, Selon le psychologue Michael Stora «les enfants ne doivent jamais être laissés seul devant le silence des images. Enfin, loin de tout coaching qui ne fait que gadgétiser tout concept relavant des sciences réflexives la mise en exergue du dialogue devra être la clé de voute de toute société qui se respecte.

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