Ammar Kessab : «La rupture entre le ministère de la Culture et les citoyens est totale»

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Ammar Kessab est docteur en sciences de gestion. Il est expert international en politique et management culturel. Dans cet entretien, il analyse la situation actuelle de la scène culturelle, et les tournées musicales. Il aborde également les causes profondes qui ont poussé des citoyens dans certaines wilayas à sortir dans la rue pour demander l’annulation des concerts de musique.

Interviewé par Arezki Ibersiene pour le Temps d’Algérie 

Le Temps d’Algérie : Cet été, pour animer la scène culturelle, le ministère de la Culture a opté pour l’organisation de plusieurs galas musicaux à travers les wilayas du pays, animés par des artistes nationaux. Pensez-vous que ces galas peuvent apporter une valeur ajoutée au fait culturel ?

Ammar Kessab : Non, je pense que ces galas ne peuvent rien apporter de plus, ni à la culture, ni au développement économique et social des villes algériennes. Il est à rappeler que cette pratique de programmer des artistes pour animer des galas pendant la période estivale à travers les wilayas du pays n’est pas nouvelle. Le ministère de la Culture l’utilise depuis plusieurs années pour donner l’impression qu’il œuvre pour développer le secteur culturel. En soi, l’organisation de ces galas de divertissement n’est pas un problème bien sûr, car chacun a le droit de se divertir en assistant à des concerts de musique, s’il le souhaite. Mais le problème réside dans le fait que ces galas sont devenus pratiquement l’unique mode d’intervention du ministère de la Culture dans les wilayas de l’intérieur du pays. Or, le ministère est sensé s’occuper d’autres aspects liés à la gestion et à l’accès à la culture pour les citoyens. Quant à l’organisation de ces galas, c’est les opérateurs privés et les associations culturelles qui doivent s’en occuper. Mais les enjeux financiers sont trop importants pour que le ministère de la Culture laisse filer ce genre de galas hyper budgétivores, et qui permettent de dépenser, voire de détourner, beaucoup d’argent, en très peu de temps.

Dans certaines wilayas du pays, la population s’est levée pour interdire certains concerts de musique. Qu’est-ce qui motive ces citoyens à agir de la sorte, à votre avis ?
En effet, les habitants de plusieurs wilayas se sont élevés contre l’organisation de ces galas. Si la revendication a été la même, c’est-à-dire l’annulation de ces concerts, les arguments avancés par les habitants n’étaient pas les mêmes d’une wilaya à une autre. Je n’analyserai pas ici le bien-fondé ou pas des arguments avancés, qui parfois sont très maladroits, voire à dénoncer. Je souhaite plutôt mettre la lumière ici sur la cause profonde de ces revendications. Après une décennie de gestion catastrophique du secteur de la culture, la rupture entre le ministère de la Culture et les citoyens est aujourd’hui totale. Les citoyens, surtout ceux des wilayas défavorisées du sud du pays, ne supportent plus que le ministère vienne leur organiser, une fois par an, un gala médiocre qui n’a aucun impact, ni social ni économique sur leurs villes. Ces galas sont pour ces citoyens ni plus ni moins qu’un moyen facile pour détourner l’argent public. Il est donc tout à fait légitime qu’ils demandent à ce qu’ils soient annulés. Débarquer d’Alger pour installer une scène, faire produire deux ou trois chanteurs de divertissement, puis repartir, n’est pas ce qu’attendent nos concitoyens. Ce qu’ils demandent, c’est une action culturelle solide et durable, qui promeut la musique, le théâtre, le cinéma et les arts plastiques avec des infrastructures qui peuvent accueillir ces arts à longueur d’année, avec des effets tangibles sur la population locale.

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