SMS : l’anticipation du deuil de la parole

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Par Adnan H

La mise en avant de l’artificialité  des sms  dans la vie quotidienne de  chaque  citoyen, fait en sorte que l’espèce parlante  ne peut cogiter qu’au moyen   de son écran tactile  qui l’absorbe entièrement.

Le sms  joue un rôle patent dans le façonnement du confort personnel, en intervenant à plusieurs niveaux aussi bien dans la vie personnelle que professionnelle. Ceci dit, l’accroissement  des atouts technologiques ne cesse d’envahir l’espace public en étant au cœur de l’identité sociale où chaque individu se doit de consacrer une énergie croissante à la détermination des domaines d’utilité technologique.

En effet cette mise en perspective technologique s’aggrave au fronton de l’institution sociale ; l’utilisation de cette technique est bien cette étoile qui guide la population dans le ciel normatif du confort personnalisé.

 Sous l’effet  de ce cataclysme  qui  fait  montre de «  modernité liquide » pour reprendre Zigmund Bauman, la structure langagière   grande  pourvoyeuse  d’idées dans le raffinement  de la subjectivité, et les lapsus,  subit à son tour cette émulation maligne  entre le besoin d’une parole  qui passe    par le cri , les inflexions de la voix  au tapotage  des sons  du  tactile  qui anémie  le sens  des nuances.

Il faudrait  dire   que le discrédit dans lequel  nous pouvons tenir «  cette dépossession cognitive » vient  du fait  qu’elle se   détache  de la réalité subjective  en plongeant le sujet parlant dans une  forme d’autisme  social.

Devant le déferlement  technologique  qui n’est  pas réglé uniquement par  la rationalité, le  bon sens  ne peut servir d’auxiliaire pour mettre en évidence  le caractère positif  des passions.

Cette profusion chaotique des sms  annihile les expressions des nuances  du langage verbal ; de ce fait la subjectivité  souffre doublement d’une précarisation  de la vie psychique.

Cette caractéristique des textos  permet  une comparaison  qui explique que le  langage est semblable  aune bibliothèque  qui  ne comporte  aucun ouvrage  dans son rayonnage .

A cet effet , il serait  aise de dire  que l’intelligence  silencieuse  de l’acte de la parole  se trouve dévalué  et  risque davantage  d’égarer  la structure de l’inconscient   qui décrypte les pulsions ; celles-ci dictent votre quotidien, le moi n’est pas maître en sa demeure, « ça est toujours plus fort que moi, et je prends surmoi ».

Le psychanalyste Jeau Sibeud dans son article  «  la séparation » dira « Maintenant, tout le monde ou presque, textote. C’est moche comme verbe. Je préférerais textoyer, c’est plus élégant. Mais, beaucoup plus dynamique, tentons le deuxième groupe (textir), voire le troisième… il s’en fallut de peu que je ne lui textusse… du verbe

textoir, rejoignant voir, dire, entendre et toute sorte de verbes bizarres comme falloir mouchoir. Au présent, « je textois » a quand même plus de gueule que « je textote ».

L’auteur de texto ne s’embarrasse pas de l’imparfait du subjonctif, il simplifie : je t’M, suis cho, T ou ?…La simplification scripturale poussée, fait du texto le seul écrit que je connaisse avec lequel on parle. Cependant, aussi radicale soit elle, tirant l’écrit du côté du signifiant, elle n’ôte ni structure grammaticale, ni ponctuation. Cette dernière s’est même enrichie des

Smileys. »

Outre la dévalorisation  de l’orthographe , le projet de création artificielle  de l’excès  de  langage par sms  permet  de dénoncer  le caractère  cauchemardesque  du  conditionnement  de  l’individu , ceci dit  le caractère utopique  d’écriture  des mots n’est pas aussi exempte de domination.

A cet égard le sociologue Said Saboun dira « l est vrai que le SMS rédigé avec des abréviations ne rend pas service à l’orthographe. Les messages sont écrits d’une manière déformée avec un mélange d’arabe et de français. Nous constatons, cependant, que nous acceptons actuellement ce phénomène car ce qui semble être important pour les rédacteurs des SMS, c’est le contenu des messages à envoyer. Les gens optent pour les abréviations car c’est plus pratique et plus rapide à faire. Bien sûr d’un point de vue purement sociologique, les abréviations SMS sont une réalité issue du besoin de faire parvenir un message le plus vite possible. En revanche, d’un point de vue linguistique, le langage SMS représente un phénomène négatif. Les règles de la langue ne sont pas respectées, ce qui génère de mauvaises habitudes lorsqu’il s’agit de rédiger des textes.

Enfin devant les limites  de  la communication machinique  qui obéit aux injonctions de la rationalité instrumentale, il serait capital de mettre en évidence  ce que  le linguiste Ferdinand De Saussure avait  appelé «  phénomène linguistique »

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