Contes ramadanesques : Fatma du Hall 1…suite et fin

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Par Hmimi O’Vrahem

Les voyages en Kabylie étaient devenus de plus en plus fréquents, surtout durant la période où je bâtissais ma maison. Je retrouvai une seconde jeunesse, mon cœur s’emballait avant chaque départ et la veille, c’était une course folle pour faire des achats de cadeaux à ma famille et mes amis. Tellement heureux de partir qu’on aurait pu mettre un péage sur mon sourire. Soudain, la Kabylie n’avait plus aucun défaut et tout le monde était bon et beau. Je n’avais pas juste retrouvé ma terre, mes amis, mais comme par magie, j’avais aussi retrouvé l’âge avec lequel je l’avais quitté.

Mes rencontres avec Fatma étaient rares et souvent fortuites. Paradoxalement, Fatma était une femme de ménage, mais on la voyait tout faire sauf le ménage. Maintenant, quand on se voyait, elle prenait le temps de s’enquérir sur mes enfants, ma mère et elle me faisait aussi des confidences sur sa famille. Tout en parlant, il continuait de saluer les gens qui passaient à la portée de sa main. Elle connaissait toutes les affaires amoureuses de l’aéroport : Krimou qui sortait avec Nabila qui le trompait avec Kader, qui lui couchait avec Mina…qui était mariée à Fatah le douanier. Elle avait un œil sur tout le monde. Elle devait être la « Gossip Queen » de l’aéroport.

Un jour, j’étais abattu comme à mon habitude lorsque je repartais à Londres. Elle surgit à la salle d’embarquement poussant son chariot, toujours souriante et saluant la foule sur son passage. En me voyant, elle vint s’assoir près de moi et me sentant triste, elle se leva et me laissa avec un « drouk nerdja3 ! » (Je reviens) et son chariot à garder. Une dizaine de minutes plus tard, elle réapparaissait avec une boite de dattes à la main. Elle déambulait fièrement avec son sourire de « je sais tout » suspendu à ses lèvres sous la musique des annonces publics. « Hak ! A diha lewlad ! » (Emmène-la pour les enfants !) Me dit-elle en s’asseyant près de moi. Malgré mon refus, elle insista et la mit même dans mon bagage à main de force. Je voulais lui remettre un billet de 10 Livres, mais elle refusa catégoriquement en disant : « a3tat hali Hizia meskina ! Rajel-ha khela-ha wa oulad-ha a3ladjel wahd el khamdja quima houa ! » ( C’est Hizia la pauvre qui me l’a donné, son mari l’a abandonné avec les enfants pour se marier a une salope comme lui) Et croissant les bras avec le regard transperçant l’horizon de colère, elle ajouta « Hadik el khamdja khalatou ou raht m3A wahed teliani »( Et cette salope l‘abandonna pour partir avec un italien). Je compatissais à sa tristesse, car elle était sincère vis-à-vis de Hizia et semblait l’aimer. Un long moment de silence, puis avec un soupir, elle lâcha : « Aaaah Ahmed koya ! Denia makhlota ou hatou-ha dakhel al culotta! » ( Aaah Ahmed mon frère ! Le monde est secoué et ils l’ont mis à l’intérieur de leurs culottes) tout en claquant une main furieusement contre l’autre. J’en riais à attirer et détourner les regards des voyageurs, elle se leva et pour la première fois me fit la bise et me laissa avec : « rouh besslama Ahmed Koya ! Qash ma tesheq rani hna ! » (Bon voyage ! Si tu as besoin de quelque chose, je suis là !). Elle repartit comme elle vint : saluant tout le monde et dans toutes les directions. Quand un ami de Tizi me dit que son cousin était un lieutenant de la Douane à l’aéroport Houari Boumediene, je lui ai ri au visage en lui répondant que je connaissais la Directrice Générale de l’aéroport.

Alors quand vous traversez les halls de l’aéroport Houari Boumediene et que vous voyez une femme en blouse blanche poussant un chariot, détrompez-vous ! Ce n’est pas la femme de ménage, mais la Directrice Générale de l’aéroport.

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