Histoires Ramadanesques : Fatma du Hall 1…suite

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Par Hmimi O’Vrahem

Ou étions-nous ? Ah ! Fatma du Hall 1. Rassurez-vous, je me suis lavé les mains en sortant des toilettes. Vous pouvez lire en toute confiance. Je fis la connaissance de Fatma pendant que je cirais mes chaussures dans une salle d’attente en face des toilettes. J’avais l’habitude de retirer mes chaussures utilisées en Kabylie et de remettre mes londoniennes. Je voyageais fréquemment entre Londres et Alger en ces temps-là, car j’étais retombé amoureux fou de ma Kabylie comme d’une vieille maîtresse qui vous aurait marqué d’un fer rouge a jamais. Elle passa avec son chariot et voyant mes mains noircies par le cirage, elle me tendit du papier hygiénique pour m’essuyer les mains. Je levai la tête pour voir la bouille de Fatma souriante et insistante pour que je prenne le papier. Elle alla garer son chariot à la même place et jouait avec une paire de gants en plastique en souriant et saluant les utilisateurs comme s’ils allaient au « hedj ». Elle était petite et ronde et d’un âge assez avancé et elle semblait connaitre tous ceux qui travaillaient à l’aéroport : du staff des boutiques, aux policiers et aux douaniers. C’était Queen Fatma. Elle me salua quand je passai aux toilettes pour me débarbouiller et en sortant, elle m’interpella :

– Rak chbab y a sidi ! ( Te voilà beau!)
– Sahit ya khoti! (Merci ma sœur) lui répondis-je en souriant
– Mabqalekch serf taa l’Euro …la? ( tu as de la petite monnaie en Euro…non ?)
– La ! Ma nastaamelch l’Euro! Aandi ghir la Livre Sterling (Non ! Je n’utilise pas l’Euro, j’ai seulement des livres Sterlings)
– Maalich Khoya …an dirou biha! ( Pas grave mon frère! On fera avec) me dit-elle d’un air déçu et en jouant la carte de malheureuse.
A ce moment, j’étais pris d’un four rire, car la livre valait bien plus que l’Euro. Je mis ma main dans ma poche et lui remis un billet de 10 livres Sterling pour le rire. Elle le prit et le mit rapidement dans sa poche en regardant autour d’elle. Puis, je la quittai en mettant « Yerhem al walidik » ( dieu garde tes parents) derrière mon dos et me dirigeai en direction de l’enregistrement de British Airways. Je me baissai pour mettre ma valise sur le tapis pour la peser quand je vois la blouse blanche de Fatma. Elle était derrière moi et au-dessus de mon épaule, elle dit à la jeune fille :

– Sssssamirrra benti ! Ki raki ? At hela fi ould khalti…la yerhem babak! ( Samira ma fille! Comment vas-tu? Prends soin du fils de ma tante…que dieu te garde ton père!)

La jeune fille lui rendit les salutations en souriant et je fus encore pris d’un autre fou rire. « hada ould khaltek ?» (Lui, c’est le fils de ta tante ?) lui rétorqua Samira surprise, avant d’ajouter « ach hal m’khaltek aandek ? » (combien de tantes as-tu ?) En riant. Samira me connaissait, car je repartais toujours le dimanche et elle était toujours là. Elle me remit mon passeport en me disant : « bon voyage ouled khaltha ! ». Je souris et salua Fatma et pris le chemin des escalators. Du haut de l’escalier, je l’admirai saluer tout le monde comme le pape dans les ruelles des Philippines.

Pardon ! Je dois encore retourner aux toilettes…je reviens.

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