Le réalisateur Yanis Koussim interpelle les autoritées sur le blocage de son film « Alger by night »

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Le jeune réalisateur algérien Yanis Koussim, qui réalise son premier long métrage intitulé « Alger by night » se dit victime d’un blocage. Après plusieurs tracasseries, il arrive enfin a terminer les dernières retouches de son film, qui est presque fin prêt. Mais cela sans compter les autres blocages qui laissent encore son oeuvre trainer entre « commissions et administration ». Yanis Koussim adresse une lettre ouverte aux « responsables du cinéma » dans notre pays, dont voici l’intégralité :

LETTRE OUVERTE AUX RESPONSABLES DU CINÉMA DE MON PAYS

Le cas de mon film « Alger By Night » est bien connu dans le milieu du cinéma. Je ne vais donc pas m’étendre là-dessus. Seule information importante pour comprendre ma démarche, c’est qu’après avoir bataillé 4 ans pour récupérer les images de mon film – mes images m’ayant été enlevées – j’ai, en octobre 2017, enfin repris le travail là où on m’avait arrêté.

Suite à une cinquième semaine de tournage, courant novembre 2017, je me suis attelé au montage qui a été l’une des plus belles expériences de ma carrière de cinéaste : mon premier long métrage existait de coupe en coupe, et je voyais sur le moniteur de montage naître un film qui n’était « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre » que celui que j’avais imaginé… Le miracle du cinéma avait opéré encore une fois et, après un peu plus de 7 semaines de montage, j’avais entre les mains une version qui se tenait d’« Alger By night » vers la mi-février 2018.

Puis plus rien. Tout s’est arrêté à nouveau !

Pourquoi ?

Je n’ai aucun écris pour corroborer ce qui va suivre, ce ne sont que des informations reçues de vive voix par la production algérienne de mon film, mais j’ai appris que, fin décembre 2017, un cut, résultant d’à peine 3 semaines de montage, avait été montré – par qui ? pourquoi ? je ne le sais pas – au ministère de la culture qui a jugé mon film, je cite, « choquant » ! Décision a été donc prise de vérifier la conformité du scénario déposé et validé par la commission du FDATIC avec ce que j’avais filmé.

Qu’est ce qui choque dans mon film ? Rien de précis… selon les bruits de couloirs, une ou deux scènes, quelques dialogues peut être… tout le film ? Son auteur ? Je n’ai aucune information précise à ce sujet. Ce dont je suis certain, c’est que toutes les versions du scénario de mon film que le ministère de la culture a eu entre les mains sont conformes à ce que j’ai filmé.

Suite au visionnage de ce cut de fin décembre 2017, j’apprends que la dernière tranche de l’aide du ministère de la culture ne nous seras donnée qu’à la remise de la copie finale d’ « Alger By Night »… dernière tranche vitale pour mon film, qui est sensée payer la post-production pour l’obtention de…la copie finale !

Nouvelle impasse !

5 mois plus tard, soit le 2 mai 2018, vu que rien ne bouge, je dépose un courrier au ministère de la culture, en tant qu’auteur d’« Alger By Night », m’inquiétant de la situation… aucune réponse à ce jour ! La seule information que j’ai eu, toujours de vive voix, est que la personne qui doit décider de la conformité, ou pas, du scenario d’« Alger By Night » avec ce que j’ai filmé était Mr Ahmed Bedjaoui, et qu’il ne l’avait pas encore fait.

Connaissant Mr Bedjaoui, j’ai quand même poussé un soupir de soulagement… seulement, quand cette décision doit-elle être prise ? Je n’ai à ce sujet aucune information.

De ce fait, sans nommer de personnes, ni d’organismes ou de départements précis, j’adresse cette lettre ouverte « aux responsables du cinéma de mon pays » pour leur poser une seule question :

Quelles sont vos intentions quant à mon film « Alger By Night », film dont vous détenez, si je ne me trompe pas, 43% des droits, et qui est financé par l’Algérie a presque 70% ? Si vous voulez le censurer – je ne veux pas le croire, mais j’en ai vu d’autres concernant ce film – dites-le moi clairement, installons-nous autour d’une table, et j’arriverai à vous convaincre sans peine qu’il n’y a rien à censurer dans mon film.

Je suis pour que les choses soient dites, qu’elles soient claires et…surtout écrites !

J’ai donné 4 ans de ma vie pour sauver « Alger By Night », car je savais alors mon film en danger. Comme je l’ai dit dans mon courrier du 2 mai 2018 déposé au ministère de la culture « « Alger By Night » a reçu de l’argent publique de mon pays (….) cela est d’une grande importance pour moi, ainsi qu’une grande responsabilité que je compte honorer jusqu’au bout».

Aujourd’hui l’intégrité de mon film n’étant plus menacée, ses finitions, à moyen terme, dépendent uniquement du ministère de la culture. Je reste encore persuadé que la volonté du ministère de la culture et la mienne convergent. Il n’y a aucune raison, à ma connaissance, pour que ce ne soit plus le cas.

Je me dois de finir ce film quoi qu’il arrive, et j’y mettrai tous les moyens dont je dispose, ainsi que toute mon énergie. Il y va de mon engagement envers toute une équipe de techniciens et de comédiens qui se sont donnés à fond lors de la préparation, du tournage et du montage. Il y va de ma fiabilité au prés de fonds nationaux et internationaux qui ont aimé mon scénario et soutenu mon cinéma. Il y va enfin de mon grand attachement à « Alger By Night » qui est mon premier long métrage et mon film le plus personnel jusqu’à présent !

Aujourd’hui, le montage étant fini à deux ou trois semaines près, et les images de mon film n’étant plus séquestrées, je suis à deux doigts de finir « Alger By Night ». Sachez que les choses iront encore plus vite des que la conformité du scénario déposé au FDATIC et de ce que j’ai filmé sera validée par Mr Bedjaoui, et que ma demande de revoir les modalités d’octroi de la dernière tranche de l’aide du ministère de la culture aura été – je croise les doigts – acceptée.

En espérant que nos volontés convergent, comme évoqué plus haut, j’attends impatiemment un signe de votre part.

Yanis Koussim

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