« La peur doit changer de camp » ; entre post-dramatisme allemand et épique algérien

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Le public du Théâtre National Algérien a découvert, dans la soirée d’hier, la pièce algéro-allemande intitulée « La peur doit changer de camp », après son passage sur les planches du théâtre de Béjaïa.

Le texte de cette pièce est coécrit par Omar Fetmouche, et Lydia Ziemke. Cette dernière a assurée la mise en scène de la pièce à travers cette collaboration qui a mis sur scène le passé commun des deux pays à travers le jeu de Lydia Larini et Lucie Zelge qui incarnent plusieurs personnes des deux nationalités à travers le temps. Passants de soldats au combat lors de la deuxième guerre mondiale, quand les algériens se battaient pour leurs colonisateur, femmes au sein du socialisme avec un vécu similaire dans le combat idéologique , puis femmes violentées autour de la période de chute et d’abolissement des murs, en découvrant après un libéralisme révélateur d’un autre asservissement de l’homme et d’une violence d’une liberté retrouvée quand l’individus découvre le monde après sa normalisation abusive et morbide. La mise en scène variait d’une scène de combat, à un Hall d’aéroport ou d’un reportage sur une ouvrière allemande de l’est commenté par une jeune journaliste compatriote algérienne…
Tout au long du spectacle, un sentiment de déjà vu accompagne le spectateur. Au début l’éprit allemand moderniste et froid, un malaise suite à une ambiguïté et intrigue prolongée. Comme un rêve après une insomnie ou on regarderait la chaine ARTE tard la nuit. Les effets sonores, et les projections sont là pour illustrer le style post dramatique défragmenté, riche en chansons variées allant de champs socialiste, traditionnels algériens, tube des années « 80 Voyage , voyage ! » , ou encore refrain religieux de l’aid el Kbir pour illustrer le symbole du sacrifice humain au nom de dieu, le combat des victimes dans cette décennie qui s’abandonnent ou résistent. Une période durant laquelle on se justifiait pour dire que le terroriste c’est l’autre, le fameux slogan ‘’qui tue qui ?’’ est toujours d’actualité à travers le monde avec l’émergence du terrorisme international.

La deuxième partie, c’est le malaise refoulé de la décennie noir. L’algérienne prend le relais dans des narrations et discours analystes et moralisateurs avec des clins d’œil à Boumediene. Une pièce algérienne peu connue, le combat de ceux qui militaient chaque jour en maintenant une vie NORMALE sous la menace. En ces temps-là, danser, jouer du théâtre ou chanter devenait un acte engagé pour la survie, en faveur de l’espoir et de la vie. Nous avons longuement ruminé notre histoire, une remise en question quand l’actrice nous demande ‘’que récoltez vous si vous semez le socialisme en plein désert ? ‘’. Les actrices dénonçaient les viols et atrocités faites aux femmes quand les pays s’écroulent. On reconnaissait par moment le théâtre épique marxiste moralisateur. Un moment de distanciation s’en suit ou l’actrice qui descend de la scène pour jouer la nymphe qui se transforme en papillon au milieu du public, en essayant de surpasser ses blessures.
Vers la fin et après une conclusion projetée au mur « La peur doit changer de camps», on se demande si c’est le bon choix pour le titre car si on devait retenir une leçon de notre histoire et nos blessures, de nos combats et nos symboles de résistance c’est que la peur est un choix. Céder à la peur c’est déjà mourir , alors abolissons ces murs qui subsistent encore dans nos tête, qui empêche encore dans le cadre d’une collaboration de fusionner et de s’ouvrir au théâtre moderne en toute sa splendeur .La nouvelle génération ne s’est pas reconnu hier dans le jeux , les situations et le message de la pièce. L’Algérie doit s’ouvrir, sortir de son cocon, vivement d’autres collaborations internationales !!

Ilhem W Yaiaoui

 

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