Pétition pour baptiser « Jninet Marengo » au nom de Amar Ezzahi

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Une pétition a été lancée sur internet pour rebaptiser  le jardin Prague (ex-Marengo), mitoyen au lycée Emir Abdelkader dans la commune de Bab El Oued, « Jninet Ezzahi », en hommage au grand chanteur Chaâbi, Amar Ezzahi, décédé il y a de cela une année.

A noter que le défunt chanteur habitait à quelques encablures de ce magnifique jardin, situé en plein centre d’Alger. C’est un coin où il aimait passer de beaux moments de son vivant.

L’initiative cette pétition a été prise par « simples amoureux de l’immense héritage artistique et humain de Amar Ezzahi », écrit-on dans un texte qui accompagne la pétition.  Le texte est accompagné par un bel hommage à ce grand chanteur, écrit par l’artiste Omar Zelig

Lien de la pétition : https://www.change.org/p/la-ville-d-alger-jninet-ezzahi

Hommage à Amar Ezzahi, par Omar Zelig

Cela va faire un an qu’il a disparu, pourtant il continue à habiter tant de monde ! Sur le net, les pages qui lui sont consacrées sont florissantes, attirant chaque jour plus d’afficionados inconsolables, chaque jour de nouveaux enregistrements faits dans des soirées privées, fêtes de mariages ou 9a3date pour le plaisir sont numérisés et mis à la disposition du public qui en redemande, chaque jour de nouvelles photos sont postées, photos amateur mal cadrées souvent mais témoignant de la proximité et de la familiarité de l’artiste et de son public. Cet homme, modeste et discret, « petit chanteur populaire » disait-il de lui-même, a été porté en terre par une marée humaine fervente qui l’a accompagné de la rampe Louni Arezki où il vivait au cimetière d’El Kettar où il repose désormais, dans un de ces moment magiques comme savent encore en offrir les algériens à ceux qu’ils aiment et qu’ils respectent, dans une scénographie grandiose qui ne devait rien aux instances officielles qui n’ont pas eu leur mot à dire, et qui n’ont pu que s’incliner devant la volonté du peuple.
Qu’est ce qui explique ce respect absolu dont il bénéficie, cette aura perpétuelle ?
Ses qualités d’interprète, certainement, sa voix reconnaissable entre mille, son phrasé inimitable, les émotions humaines dont il habillait des mots venus des siècles passés pour reprendre un sens contemporain, la sensualité, la tendresse, le sens du rythme, de la cadence, de l’instrumentation, un peu de tout cela sans doute, qui fait que pour longtemps encore des gens écouteront et réécouteront ses enregistrement parce que cela leur fait du bien, que ça touche à leurs âmes, que cela nous dit que nous pouvons être grands même avec presque rien, que nous avons existé, que nous existons et que nous existerons encore longtemps.
Mais sa vie, son modèle humain contribue aussi à sa légende. Né et mort pauvre, sans jamais accumuler ce que son statut de star aurait pu lui apporter, privilégiant l’amitié, la fidélité et l’art aux honneurs et au commerce, sentant de lui-même les moments où chanter aurait été indécent alors que nous étions dans la peine, laissant tout le monde enregistrer ses prestations et peu préoccupé des droits d’auteur et des royalties, simplement vêtu et simplement logé, quelque chose d’un désintérêt sublime pour les biens de ce monde et d’un amour absolu pour tout ce qui compte vraiment et qui n’est pas monnayable, cela aussi force le respect et fait que pour beaucoup, il est un beau modèle.
Alors, en ces temps où beaucoup briguent nos voix dans des campagnes tonitruantes sans jamais nous parler de ce qui compte vraiment pour nous, je m’engage à donner la mienne à celui qui nous promettrait de rebaptiser le jardin ex Marengo ou jardin de Prague, en face duquel il a vécu, tant de photos où il pose avec des enfants enjoués en témoignent, dans l’ombre chaude de sidi Abderahmane et dans la proximité de la casbah initiale, « jninet ezzahi ». On l’appellera comme ça en tout cas, même si vos services décident de l’appeler « 7adi9ate 3ammar ezzahi », ce n’est pas grave, on comprendra. On y entendrait le chant des m9anene sous les arbres magnifiques et on pourrait y aller en pèlerinage sentimental en souvenir de cet homme qui nous a tous rendus meilleurs, ce ne serait que justice, pure logique et amour des siens, tout ce dont nous avons tant besoin en ces temps devenus plus troubles depuis qu’il nous a quittés.

Omar Zelig

Alger, le 21-11-2017

 

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