En Attendant Les Hirondelles : la vie continue

0
581

Par Boudj 

Qu’il est difficile d’entamer une chronique sur un film qui ne fait commencer à voyager, et qui n’a fait que deux escales dans son pays d’origine, en l’occurrence l’Algérie. Le premier long métrage de Karim Moussaoui, En Attendant Les Hirondelles a été projeté jeudi dernier devant un public nombreux, pour le grand bonheur des cinéphiles. Une seule fois qui laisse sur sa faim n’importe quel spectateur avide de projection dans une vraie salle de cinéma.

Parce qu’une seule fois ne peut pas suffire pour comprendre la pleine potentialité de ce film qui, fort d’un casting riche et varié (Mohamed Djouhri, Hania Amar, Mehdi Remdani, Chawki Amari, Hassen Kechache et des caméos subtils), est une sorte de fresque dépeignant le quotidien de personnes qui ne se connaissent pas, ne se croisant que fortuitement, vivant des péripéties avec des problématiques distinctes.
Il ne s’agit pas d’entrecroisements, de destins communs ou le tissage d’une histoire bien définie, il faut considérer le film de K. Moussaoui comme un mash-up, regroupant trois histoires distinctes, personne ne connait l’autre obligatoirement, mais le tout se réunit sur des thématiques précises, les relations interhumaines, l’amour, le mariage, la déception et le chagrin. Rien de tout cela n’est gai, mais c’est le juste retour à la réalité.
Parce que ces thématiques sont universelles et touche n’importe qui d’entre nous, les trois segments reflètent la réalité de l’algérien moyen, qui vogue toujours en eau trouble dans un pays qui suit son chemin dans un tunnel avec un torche sans piles de rechange.
A travers trois segments nous plongeons dans les turpitudes sentimentales, professionnelles et sociales de trois personnages, tout d’abord la vie mouvementée d’un chef d’entreprise, divorcé mais toujours présent pour son fils, vivant avec une jeune femme qui est sur le point de le quitter pour repartir chez elle en France. Sombre et raffinée, l’histoire ne s’attarde pas sur certains détails comme un possible affaire de corruption ou une agression dont le personnage principal (jouée par Mohamed Djouhri) est témoin.
Elle laissera la place à celle d’un jeune homme (Mehdi Remdani) qui doit conduire un ami avec sa fille à Biskra, pour le mariage de cette dernière, la tension retombe petit à petit, entre Aïcha (Hania Amar) et Djalil, la scène la plus marquante reste cette danse entre les deux dans un cabaret vide avec comme fond musicale, Raïna Raï. Une apothéose qui n’est nullement synonyme d’un happy end, loin de là, mais la scène suffit à elle seule à illuminer tout le film, sans oublier le passage d’une fanfare, Djmawi Africa et des danseurs, une séquences qui évoque des références entre Emir Kusturica et Leos Carax.
Le troisième segment, un neurologue (Hassen Kechache) sur le point de se marier est confronté à un passé qu’il veut oublier et qui est joué par Nadia Kaci, qui vit chez son frère (Samir El Hakim). L’évocation est loin d’être voilée, le fantôme de la décennie noire est toujours présent.
Mais En Attendant Les Hirondelles ne veut pas seulement refléter une réalité négative, loin de là, le bébé de Karim Moussaoui cache de façon, que l’on pourrait qualifier parfois de subliminale, un certain message d’espoir, et cela se sent avec la lumière qui semble reprendre le dessus crescendo tout le long, le sourire de Samir El Hakim, à la fin du film, donne cet impression que de jours meilleurs sont à venir et que l’essentiel pour le spectateur est aussi de se mettre à la place de chaque personnage pour se reconnaitre, car nous vivons tous dans le doute.
La mission principale d’un film ne réside pas dans sa capacité à divertir mais aussi à ouvrir une réflexion sur notre condition de vie dans la société et s’interroger, et peut même à prendre parti. Le film de Karim Moussaoui ne dénonce pas, il évoque sans parti pris, sans peut être se mouiller mais il atteint le but de faire réfléchir.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here