Amar Ingrachen ou la rupture du temps

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Par Rachid Boudjedra

Quand il ne fait pas de l’édition, Amar Ingrachen est journaliste. Quand il ne fait pas du journalisme, il écrit. Son premier roman, « Le temps des grandes rumeurs », a été lu par Rachid Boudjedra. Voici ce qu’il en dit.

«Ce roman, qui est écrit en cascades à la fois sensuelles et brutales, est une exploration de l’être algérien avec toute sa complexité, son héritage, sa perplexité, ses colères et – aussi – son humour ravageur. Le personnage est un narrateur qui parle en son nom et part, en quelque sorte, « à la recherche du temps perdu ». Un temps perdu, donc, mais jamais retrouvé et c’est tant mieux ainsi parce que la quête continue. Ce roman de l’inassouvissement, de la déception est, aussi, un roman de l’entêtement qui veut aller jusqu’au bout des choses vraies de la vie et donc de la vérité sans concession.
Roman polyphonique parce qu’il y a, en dehors du narrateur, des personnages séduisants et émouvants comme Adel Klefield dont les origines multiraciales en font un être de l’intransigeance vis-à-vis de soi et de la tolérance vis-à-vis des autres. Ou bien comme Kassem Fercha, un peu le double du narrateur et qui produit dans le texte des échancrures poétiques et politiques, à la fois. Il y a aussi le personnage de Jean Sénac qui sublime ce roman et le traverse avec une grande violence et une énorme mansuétude.
Roman polyphonique donc, à la recherche de ce « soi algérien » tant de fois trahi et tant de fois bafoué, non seulement par les politiques et les politicards mais aussi par les « clercs » et les « élites » toujours promptes à se trouver des maîtres pour assouvir et récompenser leur opportunisme.
« Le temps des grandes rumeurs » de Amar Ingrachen s’adosse à l’Histoire et ne cesse de creuser cette blessure de la guerre de Libération, d’une façon nouvelle, originale et loin des poncifs qui l’ont dénaturée depuis une soixantaine d’années. Regard d’une très jeune génération à qui on la refait pas (plus!) et qui reste obsédée par le passé et par l’avenir, parce qu’elle se mesure à l’aune de la sincérité et de l’intégrité et qui assume son complexe du colonisé avec ferveur et causticité, grâce à une perpétuelle autocritique qui fait mal. Ce qui est normal car ce roman est un roman douloureux, à l’image de Chahrazad prise entre le chaos des sens et la rigueur de la réalité incontournable.
Roman de l’itinéraire d’un jeune homme d’aujourd’hui plein de remous et de passion et qui veut comprendre le pays, le monde et au-delà du monde, même. Roman aussi d’une métaphysique qui ne fait que poser des questions et ne donne aucune réponse ni aucune clé et où le poétique et le politique se mêlent et s’interpénètrent, à l’infini.
A la rupture épistémologique et poétique du monde !»

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